
Pour ceux qui émergeraient tout juste d’un stage de survivalisme en Lozère, ou qui se ressourçaient dans un monastère bénédictin, la classe politique s’est enfin décidée à se concentrer tout entière sur un problème de fond.
– La faim dans le monde ?
– Euh, non, mon petit Ryan.
– La guerre en Ukraine, la pénurie de moutarde…
– Encore non, mais tu chauffes, mon garçon, si je peux me permettre… Tu chauffes vraiment.
– Avec la guerre en Ukraine, c’est le gaz russe, hein ?
– Non, avec la moutarde…
– Je ne vois pas…
Alors donc je vous donne la réponse sous forme de devoir de philo : l’entrecôte au barbecue ne serait-elle pas l’expression du virilisme, nouveau péché mortel à l’encontre du néo-féminisme woke et de l’Ecologisme ?
Pourquoi ils détestent le barbecue ?
Comme je ne dispose que d’une poignée de minutes et que je suis disqualifié, de par mon appartenance au patriarcat blanc cisgenre hétéronormé – non, je ne m’en repentirai pas – j’ai préféré me pencher sur une autre question : mais pourquoi donc tant d’animosité à l’égard de la côte à la braise, du faux-filet sur sarment de vignes ou de la brochette grillée ?
Et j’ai trouvé la réponse : le barbecue est un truc de beauf. Or, ainsi que chacun le sait, depuis Cabu, le Beauf est un réac de droite. Donc, le barbecue est une pratique fascistoïde. CQFD.
La tentative d’appropriation culturelle de ce joyau culinaire par Fabien Roussel durant la campagne présidentielle n’y a rien fait : la barbaque demeurera frappée du sceau infâme de bouffe de polueur-raciste-néocolonial-homophobe. Désolé camarade.
Mille excuses à vous aussi, amis qui pensez toujours faire partie de la Grande Internationale du Genre Humain ; vos goûts préhistoriques vous en excluent. Il va falloir rayer le pavé de limousine du menu du prochain banquet républicain de votre section des nostalgiques du Programme Commun.
C’est probablement même en raison du caractère antique de vos pratiques scandaleuses que la néo-bienpensance vous disqualifie. Ces usages scandaleux révèlent en vous un attachement à la terre, au substrat tellurique patriarcal qui alimente la bête immonde. Vous faites partie de « ces gens » qui préfèrent encore leur famille et leurs voisins aux lointains Papous.
Il vous reste au coin du cœur un goût pour votre village, un attachement à votre province et, pire encore, l’amour de votre pays. Ne le niez pas. Opérez une juste introspection et confessez vos indignités. Au cas où vous l’auriez manqué, parce que vous vous désintéressez de la vraie vie qui se répand sur Twitter, être de gauche, consiste à ordonner ses préférences du lointain au prochain, à rebours de vos vils réflexes primitifs, qui sont, comme la côte de bœuf, ou de beauf, l’essence de la pensée de droite, le fascisme.
Donc voilà, comme vous l’avez compris, ou pas, pratiquer le barbecue s’apparente à l’expression d’un attachement aux antiques coutumes dont il convient de faire table rase. Cela vous rattache aux cohortes de machos virilistes qui ont érigé ce monde patriarcal.
