
Conte en vers, roman poétique, épopée, ballade, impossible de classifier Mangazeïa, légende du Nord d’Alexandre Page. C’est un objet littéraire non identifiable. Il renoue avec des genres littéraires anciens, osant jusqu’à user de mots oubliés, mais ne parvient pas à perdre son lecteur. Le texte est incroyablement moderne en dépit de l’ensemble de ces tournures et de l’écriture en vers.
Ce roman vous happe. Il vous transporte. Le dépaysement est complet. L’histoire fonctionne comme un bon thriller, avec un final aux frontières du fantastique.
Le prêtre Vassilli s’est fixé pour mission de repeupler l’église de Mangazeïa. Surgi des étendues glacées dans une caravane d’indigènes chargés de fourrures précieuses, il va rassembler ses ouailles que terrorisent le cruel maître du kremlin, « l’écorcheur », et ses soudards. Il croisera le chemin d’une jeune femme d’une beauté saisissante. Tous deux seront confrontés à la barbarie, n’ayant à lui opposer que leur sainteté.
Une histoire légendaire
L’histoire, authentique, de Mangazeïa pourrait se suffire à elle-même. Cette ville fondée à l’orée du XVIIème siècle fut une colonie de marchands, perdue au nord de la Sibérie, le long du Taz, à proximité d’une route suivant les rives de l’Océan Arctique. Elle commerçait avec la Norvège et l’Angleterre, des peaux précieuses et de l’ivoire de morse et de mammouth.
En un demi-siècle, ce qui pouvait s’imaginer comme un comptoir glacé est devenu « Mangazeïa la bouillante d’or ». Et pourtant, dès 1619, Moscou, craignant une percée britannique par la route commerciale, en avait fait interdire l’usage sous peine de mort.
Il ne reste aujourd’hui plus rien de l’opulente cité, qu’une clairière et les reste d’une église en bois. Un incendie détruisit jusqu’au kremlin qui la dominait.
Presque un thriller glacé, en vers
Dans ce décor de légende et sur ce fond historique, Alexandre Page a bâti un récit épique, un poème d’aventure, presque un thriller glacé en vers. Comme il faut bien classer les choses, c’est un roman poétique, mais l’appellation n’est pas à la hauteur du résultat.
L’écriture poétique enrichit le récit d’un rythme et d’une mélodie propres au chant. On dirait une mélopée. Les images se succèdent et elles entraînent le lecteur avec une redoutable efficacité.
Alexandre Page est décidemment un auteur à part.
